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280 Instinct.  

quel qu’il soit pour le bien particulier d’un autre animal, chacun cependant s’efforce de profiter des instincts d’autrui, de même que chacun essaye de profiter de la plus faible conformation physique des autres espèces. De même encore, on ne peut pas considérer certains instincts comme absolument parfaits ; mais, de plus grands détails sur ce point et sur d’autres points analogues n’étant pas indispensables, nous ne nous en occuperons pas ici.

Un certain degré de variation dans les instincts à l’état de nature, et leur transmission par hérédité, sont indispensables à l’action de la sélection naturelle ; je devrais donc donner autant d’exemples que possible, mais l’espace me manque. Je dois me contenter d’affirmer que les instincts varient certainement ; ainsi, l’instinct migrateur varie quant à sa direction et à son intensité et peut même se perdre totalement. Les nids d’oiseaux varient suivant l’emplacement où ils sont construits et suivant la nature et la température du pays habité, mais le plus souvent pour des causes qui nous sont complètement inconnues. Audubon a signalé quelques cas très remarquables de différences entre les nids d’une même espèce habitant le nord et le sud des États-Unis. Si l’instinct est variable, pourquoi l’abeille n’a-t-elle pas la faculté d’employer quelque autre matériel de construction lorsque la cire fait défaut ? Mais quelle autre substance pourrait-elle employer ? Je me suis assuré qu’elles peuvent façonner et utiliser la cire durcie avec du vermillon ou ramollie avec de l’axonge. Andrew Knight a observé que ses abeilles, au lieu de recueillir péniblement du propolis, utilisaient un ciment de cire et de térébenthine dont il avait recouvert des arbres dépouillés de leur écorce. On a récemment prouvé que les abeilles, au lieu de chercher le pollen dans les fleurs, se servent volontiers d’une substance fort différente, le gruau. La crainte d’un ennemi particulier est certainement une faculté instinctive, comme on peut le voir chez les jeunes oiseaux encore dans le nid, bien que l’expérience et la vue de la même crainte chez d’autres animaux tendent à augmenter cet instinct. J’ai démontré ailleurs que les divers animaux habitant les îles désertes n’acquièrent que peu à peu la crainte de l’homme ; nous pouvons observer ce fait en Angleterre même, où tous les gros oiseaux