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  Résumé. 313

Mais je dois avouer que, malgré toute la foi que j’ai en la sélection naturelle, je ne me serais jamais attendu qu’elle pût amener des résultats aussi importants, si je n’avais été convaincu par l’exemple des insectes neutres. Je suis donc entré, sur ce sujet, dans des détails un peu plus circonstanciés, bien qu’encore insuffisants, d’abord pour faire comprendre la puissance de la sélection naturelle, et, ensuite, parce qu’il s’agissait d’une des difficultés les plus sérieuses que ma théorie ait rencontrées. Le cas est aussi des plus intéressants, en ce qu’il prouve que, chez les animaux comme chez les plantes, une somme quelconque de modifications peut être réalisée par l’accumulation de variations spontanées, légères et nombreuses, pourvu qu’elles soient avantageuses, même en dehors de toute intervention de l’usage ou de l’habitude. En effet, les habitudes particulières propres aux femelles stériles ou neutres, quelque durée qu’elles aient eue, ne pourraient, en aucune façon, affecter les mâles ou les femelles qui seuls laissent des descendants. Je suis étonné que personne n’ait encore songé à arguer du cas des insectes neutres contre la théorie bien connue des habitudes héréditaires énoncée par Lamarck.

RÉSUMÉ.

J’ai cherché, dans ce chapitre, à démontrer brièvement que les habitudes mentales de nos animaux domestiques sont variables, et que leurs variations sont héréditaires. J’ai aussi, et plus brièvement encore, cherché à démontrer que les instincts peuvent légèrement varier à l’état de nature. Comme on ne peut contester que les instincts de chaque animal ont pour lui une haute importance, il n’y a aucune difficulté à ce que, sous l’influence de changements dans les conditions d’existence, la sélection naturelle puisse accumuler à un degré quelconque de légères modification de l’instinct, pourvu qu’elles présentent quelque utilité. L’usage et le défaut d’usage ont probablement joué un rôle dans certains cas. Je ne prétends point que les faits signalés dans ce chapitre viennent appuyer beaucoup ma théorie, mais j’estime aussi qu’aucune des difficultés qu’ils soulèvent n’est de nature à la renverser. D’autre part, le fait que les instincts ne sont pas toujours parfaits et sont quelquefois sujets à erreur ; — qu’aucun