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314 Instinct.  

instinct n’a été produit pour l’avantage d’autres animaux, bien que certains animaux tirent souvent un parti avantageux de l’instinct des autres ; — que l’axiome : Natura non facit saltum, aussi bien applicable aux instincts qu’à la conformation physique, s’explique tout simplement d’après la théorie développée ci-dessus, et autrement reste inintelligible, — sont autant de points qui tendent à corroborer la théorie de la sélection naturelle.

Quelques autres faits relatifs aux instincts viennent encore à son appui ; le cas fréquent, par exemple, d’espèces voisines mais distinctes, habitant des parties éloignées du globe, et vivant dans des conditions d’existence fort différentes, qui, cependant, ont conservé à peu près les mêmes instincts. Ainsi, il nous devient facile de comprendre comment, en vertu du principe d’hérédité, la grive de la partie tropicale de l’Amérique méridionale tapisse son nid de boue, comme le fait la grive en Angleterre ; comment il se fait que les calaos de l’Afrique et de l’Inde ont le même instinct bizarre d’emprisonner les femelles dans un trou d’arbre, en ne laissant qu’une petite ouverture à travers laquelle les mâles donnent la pâture à la mère et à ses petits ; comment encore le roitelet mâle (Troglodytes) de l’Amérique du Nord construit des « nids de coqs » dans lesquels il perche, comme le mâle de notre roitelet — habitude qui ne se remarque chez aucun autre oiseau connu. Enfin, en admettant même que la déduction ne soit pas rigoureusement logique, il est infiniment plus satisfaisant de considérer certains instincts, tels que celui qui pousse le jeune coucou à expulser du nid ses frères de lait, — les fourmis à se procurer des esclaves, — les larves d’ichneumon à dévorer l’intérieur du corps des chenilles vivantes, — non comme le résultat d’actes créateurs spéciaux, mais comme de petites conséquences d’une loi générale, ayant pour but le progrès de tous les êtres organisés, c’est-à-dire leur multiplication, leur variation, la persistance du plus fort et l’élimination du plus faible.