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426 Distribution géographique.  

infranchissables et n’ont probablement pas existé depuis aussi longtemps que les océans qui séparent les continents, les différences que de telles barrières apportent dans l’ensemble du monde organisé sont bien moins tranchées que celles qui caractérisent les productions de continents séparés.

Si nous étudions les mers, nous trouvons que la même loi s’applique aussi. Les habitants des mers de la côte orientale et de la côte occidentale de l’Amérique méridionale sont très distincts, et il n’y a que fort peu de poissons, de mollusques et de crustacés qui soient communs aux unes et aux autres ; mais le docteur Günther a récemment démontré que, sur les rives opposées de l’isthme de Panama, environ 30 pour 100 des poissons sont communs aux deux mers ; c’est là un fait qui a conduit quelques naturalistes à croire que l’isthme a été autrefois ouvert. À l’ouest des côtes de l’Amérique s’étend un océan vaste et ouvert, sans une île qui puisse servir de lieu de refuge ou de repos à des émigrants ; c’est là une autre espèce de barrière, au-delà de laquelle nous trouvons, dans les îles orientales du Pacifique, une autre faune complètement distincte, de sorte que nous avons ici trois faunes marines, s’étendant du nord au sud, sur un espace considérable et sur des lignes parallèles peu éloignées les unes des autres et sous des climats correspondants ; mais, séparées qu’elles sont par des barrières infranchissables, c’est-à-dire par des terres continues ou par des mers ouvertes et profondes, elles sont presque totalement distinctes. Si nous continuons toujours d’avancer vers l’ouest, au-delà des îles orientales de la région tropicale du Pacifique, nous ne rencontrons point de barrières infranchissables, mais des îles en grand nombre pouvant servir de lieux de relâche ou des côtes continues, jusqu’à ce qu’après avoir traversé un hémisphère entier, nous arrivions aux côtes d’Afrique ; or, sur toute cette vaste étendue, nous ne remarquons point de faune marine bien définie et bien distincte. Bien qu’un si petit nombre d’animaux marins soient communs aux trois faunes de l’Amérique orientale, de l’Amérique occidentale et des îles orientales du Pacifique, dont je viens d’indiquer approximativement les limites, beaucoup de poissons s’étendent cependant depuis l’océan Pacifique jusque dans l’océan Indien, et beaucoup de coquillages sont communs aux îles orientales de