Page:Darwin - L’Origine des espèces (1906).djvu/576

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
558 Récapitulation et conclusions.  

chez une espèce d’un genre, dont les autres espèces, qu’on suppose avoir été créées de façon indépendante, ont elles-mêmes des fleurs de différentes couleurs, que si toutes les espèces du genre ont des fleurs de même couleur ? Ce fait s’explique facilement si l’on admet que les espèces ne sont que des variétés bien accusées, dont les caractères sont devenus permanents à un haut degré. En effet, ayant déjà varié par certains caractères depuis l’époque où elles ont divergé de la souche commune, ce qui a produit leur distinction spécifique, ces mêmes caractères seront encore plus sujets à varier que les caractères génériques, qui, depuis une immense période, ont continué à se transmettre sans modifications. Il est impossible d’expliquer, d’après la théorie de la création, pourquoi un point de l’organisation, développé d’une manière inusitée chez une espèce quelconque d’un genre et par conséquent de grande importance pour cette espèce, comme nous pouvons naturellement le penser, est éminemment susceptible de variations. D’après ma théorie, au contraire, ce point est le siège, depuis l’époque où les diverses espèces se sont séparées de leur souche commune, d’une quantité inaccoutumée de variations et de modifications, et il doit, en conséquence, continuer à être généralement variable. Mais une partie peut se développer d’une manière exceptionnelle, comme l’aile de la chauve-souris, sans être plus variable que toute autre conformation, si elle est commune à un grand nombre de formes subordonnées, c’est-à-dire si elle s’est transmise héréditairement pendant une longue période ; car, en pareil cas, elle est devenue constante par suite de l’action prolongée de la sélection naturelle.

Quant aux instincts, quelque merveilleux que soient plusieurs d’entre eux, la théorie de la sélection naturelle des modifications successives, légères, mais avantageuses, les explique aussi facilement qu’elle explique la conformation corporelle. Nous pouvons ainsi comprendre pourquoi la nature procède par degrés pour pourvoir de leurs différents instincts les animaux divers d’une même classe. J’ai essayé de démontrer quelle lumière le principe du perfectionnement graduel jette sur les phénomènes si intéressants que nous présentent les facultés architecturales de l’abeille. Bien que, sans doute, l’habitude joue un rôle dans la modification des instincts, elle n’est pourtant pas indispensable, comme le prouvent