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LES ROIS EN EXIL

d’une ténacité, d’une élasticité surprenante. Et tant de malices plein son sac, tant de clefs, de pinces-monseigneur, pour ouvrir ou forcer les serrures résistantes, sans compter des façons à lui de gagner le cœur des fournisseurs, des valets, des chambrières. « Surtout pas de Tom Lévis ! » On disait toujours cela pour commencer. Mais alors rien n’avançait. Les fournisseurs ne livraient pas à temps leurs marchandises, les domestiques s’insurgeaient, jusqu’au jour où l’homme au cab, apparaissant avec ses lunettes d’or et ses breloques, les tentures descendaient d’elles-mêmes des plafonds, s’allongeaient aux parquets, se nouaient, se compliquaient en portières, rideaux, tapis décoratifs et ouatés. Les calorifères s’allumaient, les camélias montaient dans la serre, et les propriétaires, vite installés, n’avaient plus qu’à jouir et à attendre sur les sièges commodes des salons le paquet de factures arrivant de tous les coins de Paris. Rue Herbillon, c’était le vieux Rosen, le chef de la maison civile et militaire, qui recevait les comptes, payait la livrée, gérait la petite fortune du roi, et si adroitement que, ce cadre doré donné à leur malheur, Christian et Frédérique vivaient encore largement. Tous deux rois, enfants de rois, ne savaient d’ailleurs le prix d’aucune chose, habitués à se voir en effigie sur toutes les pièces d’or, à battre monnaie selon leur bon plaisir ; et loin