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ÂME SIMPLE


Voici les bancs de chêne où traînent les missels,
Car chacun tient toujours même place à l’église ;
Et la chaire à prêcher, à la tournante frise
Faite de fleurs, d’oiseaux, d’arbres essentiels,
Où des anges volants s’entrevoient par surprise ;

Le cimetière aussi : c’est par là que l’on vient,
En côtoyant ses morts, à Dieu qui vous appelle ;
Les croix font le sentier de la vieille chapelle,
Les tombes, les bouquets ; on pleure, on se souvient…
Et l’heure de la Messe en est plus solennelle !

La lumière du jour entre par le vitrail,
Que frôle le dessin d’une vigne enlacée,
Et cette même vigne en dentelle est tracée
Sur la nappe d’autel ; le plus petit détail
Émeut la pauvre femme et trouble sa pensée.

Le soir, au fond du chœur, la lampe qui brûlait,
Terne, devient plus vive et paraît une étoile.
Protégeant le petit navire avec sa toile,
Suspendu dans l’espace et comme s’il allait
Partir dans l’infini que la foi nous dévoile.