Page:Daudet - Au bord des terrasses, 1906.djvu/84

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
74
AU BORD DES TERRASSES


Je veux y promener, non pas des espérances,
L’avenir, comme un souffle en avant, frappe au cœur,
Mais de vagues regrets et des réminiscences,
Tout ce qui nous rejoint au passé, ce vainqueur !

Sur ces arbres j’épie une date incrustée,
Un chiffre entrelacé que la sève, en pleurant,
Aurait fixé parmi cette mousse argentée
Qui dit l’âge lointain du bocage attirant ;

Rien ; et ceux dont les pas suivaient quelque chimère
Sous l’ombre dentelée, en elle évanouis,
Victimes de l’amour et du temps éphémère,
Sont morts deux fois, de la nature et de l’oubli !

Pourtant je chercherai leur trace en ces allées,
Qui toutes s’unissaient au point du rendez-vous,
Puis s’écartaient, comme les branches étalées,
D’un éventail sylvestre ouvert à petits coups.