Page:Daudet - L'Évangéliste, 1883.djvu/34

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plus vite ; et quand il arriva, sa femme était morte, morte seule, entre les deux Gailleton, loin de tout ce qu’elle aimait, avec l’angoisse du lendemain pour ces pauvres chers êtres dispersés. Ô politique sans entrailles !

La promesse de Chemineau le retenait à Paris. D’ailleurs, que serait-il allé faire en Afrique ? Ramener les enfants, la bonne s’en chargerait, et aussi de régler quelques petites notes, d’emballer les papiers personnels, les livres, les vêtements, puisque tout le reste, mobilier, linge, vaisselle, appartenait à l’État. Sylvanire méritait cette confiance ; au service de la famille depuis douze ans, alors que Lorie, nouvellement marié à Bourges, n’était encore que conseiller de préfecture, on l’avait prise comme nourrice du premier-né, quoiqu’elle sortît à peine de la triste aventure commune aux filles de campagne, séduite par un élève de l’école d’artillerie, puis laissée à la borne avec un enfant qui ne vécut pas. Pour une fois, cette charité humaine et simple eut sa récompense. Les Lorie eurent dans leur servante le dévouement naïf, absolu d’une robuste et belle fille, désormais à l’abri des surprises et dégoûtée de l’amour – ah ! ouiche, l’amour… un brancard