Page:Daudet - Le Nabab, Charpentier, 1878.djvu/59

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intendant, ce brave Bompain ; mais le malheureux ne connaît rien de Paris, il est comme ahuri depuis son arrivée… Vous me direz que vous tombez de votre province, vous aussi… Mais ça ne fait rien… Bien élevé comme vous l’êtes, méridional, alerte et souple, ça se prend vite le courant du boulevard… D’ailleurs je me charge de faire votre éducation à ce point de vue-là. Dans quelques semaines vous aurez, j’en réponds, le pied aussi parisien que moi. »

Pauvre homme. C’était attendrissant de l’entendre parler de son pied parisieïn et de son expérience, lui qui devait en être toujours à ses débuts.

« … Voilà qui est entendu, n’est-ce pas ?… Je vous prends comme secrétaire… Vous aurez un appointement fixe que nous allons régler tout à l’heure ; et je vous fournirai l’occasion de faire votre fortune rapidement… »

Et comme de Géry, tiré subitement de toutes ses incertitudes d’arrivant, de solliciteur, de néophyte, ne bougeait pas de peur de s’éveiller d’un rêve :

« Maintenant, lui dit le Nabab d’une voix douce, asseyez-vous là, près de moi, et parlons un peu de maman. »