Page:Daudet - Le Petit Chose, 1868.djvu/102

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en souriant. Mais de les voir sourire ainsi, le malheureux perd la tête, et d’une voix tremblante, il ajoute : « Je vous remercie de vos bontés pour moi. » Ou bien encore : « Le bouillon est excellent ce matin. »

Alors les yeux noirs font une jolie petite moue qui signifie : « Quoi ! ce n’est que cela ! » Et ils s’en vont en soupirant.

Quand ils sont partis, le petit Chose se désespère :

« Oh ! dès demain, dès demain sans faute, je leur parlerai. »

Et puis le lendemain c’est encore à recommencer. Enfin, de guerre lasse et sentant bien qu’il n’aura jamais le courage de dire ce qu’il pense aux yeux noirs, le petit Chose se décide à leur écrire… Un soir, il demande de l’encre et du papier, pour une lettre importante, oh ! très importante… Les yeux noirs ont sans doute deviné quelle est la lettre dont il s’agit ; ils sont si malins, les yeux noirs !… Vite, vite, ils courent chercher de l’encre et du papier, les posent devant le malade, et s’en vont en riant tout seuls.

Le petit Chose se met à écrire ; il écrit toute la nuit ; puis, quand le matin est venu, il s’aperçoit que cette interminable lettre ne contient que trois mots, vous m’entendez bien ; seulement ces trois mots sont les plus éloquents du monde, et il compte qu’ils produiront un très grand effet.

Attention, maintenant !… Les yeux noirs vont