Page:Daudet - Le Petit Chose, 1868.djvu/101

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faire son service. Ils ajoutent en se baissant qu’ils éprouvent beaucoup de joie à voir M. Daniel rétabli ; puis ils se retirent avec une profonde révérence, en disant qu’ils reviendront le même soir. Le même soir, en effet, les yeux noirs sont revenus, et le lendemain matin aussi, et, le lendemain soir encore. Le petit Chose est ravi. Il bénit sa maladie, la maladie de la femme jaune, toutes les maladies du monde ; si personne n’avait été malade, il n’aurait jamais eu de tête-à-tête avec les yeux noirs.

Oh ! bienheureuse infirmerie ! Quelles heures charmantes le petit Chose passe dans son fauteuil de convalescent, roulé près de la fenêtre !… Le matin, les yeux noirs ont sous leurs grands cils un tas de paillettes d’or que le soleil fait reluire ; le soir, ils resplendissent doucement et font, dans l’ombre autour d’eux, de la lumière d’étoile… Le petit Chose rêve aux yeux noirs toutes les nuits, il n’en dort plus. Dès l’aube, le voilà sur pied pour se préparer à les recevoir. Il a tant de confidences à leur faire !… Puis, quand les yeux noirs arrivent, il ne leur dit rien.

Les yeux noirs ont l’air très étonnés de ce silence. Ils vont et viennent dans l’infirmerie, et trouvent mille prétextes pour rester près du malade, espérant toujours qu’il se décidera à parler ; mais ce damné de petit Chose ne se décide pas.

Quelquefois, cependant, il s’arme de tout son courage et commence ainsi bravement : « Mademoiselle !… »

Aussitôt les yeux noirs s’allument et le regardent