Page:Daudet - Le Petit Chose, 1868.djvu/110

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vous. Ding ! dong ! instruisez-vous ! Ding ! dong ! Amusez-vous. Et cela pour toute l’année.

Ô triomphe du règlement ! Comme l’élève Ménalque aurait été heureux de vivre, sous la férule de M. Viot, dans le collège modèle de Sarlande…

Moi seul, je faisais ombre à cet adorable tableau. Mon étude ne marchait pas. Les terribles moyens m’étaient revenus de leurs montagnes, plus laids, plus âpres, plus féroces que jamais. De mon côté, j’étais aigri ; la maladie m’avait rendu nerveux et irritable ; je ne pouvais plus rien supporter… Trop doux l’année précédente, je fus trop sévère cette année… J’espérais ainsi mater ces méchants drôles, et, pour la moindre incartade, je foudroyais toute l’étude de pensums et de retenues…

Ce système ne me réussit pas. Mes punitions, à force d’être prodiguées, se déprécièrent et tombèrent aussi bas que les assignats de l’an IV… Un jour, je me sentis débordé. Mon étude était en pleine révolte, et je n’avais plus de munitions pour faire tête à l’émeute. Je me vois encore dans ma chaire ; me débattant comme un beau diable, au milieu des cris, des pleurs, des grognements, des sifflements : « À la porte !… Cocorico !… kss !… kss !… Plus de tyrans !… C’est une injustice !… » Et les encriers pleuvaient, et les papiers mâchés s’épataient sur mon pupitre, et tous ces petits monstres, — sous prétexte de réclamations, — se pendaient par grappes à ma chaire, avec des hurlements de macaques.

Quelquefois, en désespoir de cause, j’appelais