Page:Daudet - Le Petit Chose, 1868.djvu/123

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extraordinaire, que le maître d’armes en était encore à se demander comment il avait osé lever les yeux si haut. Et pourtant, malgré la situation de la personne, — situation tellement élevée, tellement, etc. ─ il ne désespérait pas de s’en faire aimer, et même il croyait le moment venu de lancer quelques déclarations épistolaires. Malheureusement les maîtres d’armes ne sont pas très adroits aux exercices de la plume. Passe encore s’il ne s’agissait que d’une grisette ; mais avec une personne dans une situation tellement, etc., ce n’était pas du style de cantine qu’il fallait, et même un bon poète ne serait pas de trop.

— Je vois ce que c’est, dit le petit Chose d’un air entendu ; vous avez besoin qu’on vous trousse quelques poulets galants pour envoyer à la personne, et vous avez songé à moi.

— Précisément, répondit le maître d’armes.

— Eh bien, je suis votre homme, et nous commencerons quand vous voudrez ; seulement, pour que nos lettres n’aient pas l’air d’être empruntées au Parfait secrétaire, il faudra me donner quelques renseignements sur la personne…

Le maître d’armes regarda autour de lui d’un air méfiant, puis tout bas il me dit, en me fourrant ses moustaches dans l’oreille :

— C’est une blonde de Paris. Elle sent bon comme une fleur et s’appelle Cécilia.

Il ne put pas m’en confier davantage, à cause de la situation de la personne, situation tellement, etc… mais ces renseignements me suffisaient, et le soir