Page:Daudet - Le Petit Chose, 1868.djvu/129

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j’espère pouvoir envoyer de temps en temps quelque chose à la maison sur mes économies.

« Ah ! mon cher Daniel, la jolie ville que ce Paris ! Ici du moins il ne fait pas toujours du brouillard ; il pleut bien quelquefois, mais c’est une petite pluie gaie, mêlée de soleil, et comme je n’en ai jamais vu ailleurs. Aussi je suis tout changé, Si tu savais ! Je ne pleure plus du tout, c’est incroyable. »

J’en étais là de la terre, quand tout à coup, sous les fenêtres, retentit le bruit sourd d’une voiture roulant dans la neige. La voiture s’arrêta devant la porte du collège, et j’entendis les enfants crier à tue-tête : Le sous-préfet ! le sous-préfet !

Une visite de M. le sous-préfet présageait évidemment quelque chose d’extraordinaire. Il venait à peine au collège de Sarlande une ou deux fois chaque année, et c’était alors comme un événement. Mais, pour le quart d’heure, ce qui m’intéressait avant tout, ce qui me tenait à cœur plus que le sous-préfet de Sarlande et plus que Sarlande tout entier, c’était la lettre de mon frère Jacques. Aussi, tandis que les élèves, mis en gaieté, se culbutaient devant les fenêtres pour voir M. le sous-préfet descendre de voiture, je retournai dans mon coin et je me remis à lire.

« Tu sauras, mon bon Daniel, que notre père est en Bretagne, où il fait le commerce du cidre pour le compte d’une compagnie. En apprenant que j’étais le secrétaire du marquis, il a voulu