Page:Daudet - Le Petit Chose, 1868.djvu/130

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que je place quelques tonneaux de cidre chez lui. Par malheur, le marquis ne boit que du vin, et du vin d’Espagne, encore ! J’ai écrit cela au père ; sais-tu ce qu’il m’a répondu : « Jacques, tu es un âne ! » comme toujours. Mais c’est égal, mon cher Daniel, je crois qu’au fond il m’aime beaucoup.

« Quant à maman, tu sais qu’elle est seule maintenant. Tu devrais bien lui écrire, elle se plaint de ton silence.

« J’avais oublié de te dire une chose qui, certainement, te fera le plus grand plaisir : j’ai ma chambre au Quartier latin… au Quartier latin ! pense un peu !…

« Une vraie chambre de poète, comme dans les romans, avec une petite fenêtre et des toits à perte de vue. Le lit n’est pas large, mais nous y tiendrons deux au besoin, et puis, il y a dans un coin une table de travail où on serait très bien pour faire des vers.

« Je suis sûr que si tu voyais cela, tu voudrais venir me trouver au plus vite ; moi aussi je te voudrais près de moi, et je ne te dis pas que quelque jour je ne te ferai pas signe de venir.

« En attendant, aime-moi toujours bien et ne travaille pas trop dans ton collège, de peur de tomber malade.

« Je t’embrasse. Ton frère

« Jacques »


Ce brave Jacques ! quel mal délicieux il venait de me faire avec sa lettre ! je riais et je pleurais en