Page:Daudet - Le Petit Chose, 1868.djvu/150

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De voir la tête effarée et les yeux pleins de larmes du petit Chose, l’abbé Germane a cessé de sourire, et il répète, mais cette fois d’une voix douce et presque attendrie :

— Quelle drôle d’idée, mon cher Daniel, de faire du trapèze à cette heure !

Le petit Chose est tout rouge, tout interdit.

— Je ne fais pas du trapèze, monsieur l’abbé, je veux mourir.

— Comment !… mourir ?… Tu as donc bien du chagrin ?

— Oh !… répond le petit Chose avec de grosses larmes brûlantes qui roulent sur ses joues.

— Daniel, tu vas venir avec moi, dit l’abbé.

Le petit Daniel fait signe que non et montre l’anneau de fer avec la cravate… L’abbé Germane le prend par la main : « Voyons ! monte dans ma chambre ; si tu veux te tuer, eh bien, tu te tueras là-haut il y a du feu, il fait bon. »

Mais le petit Chose résiste : « Laissez-moi mourir, monsieur l’abbé. Vous n’avez pas le droit de m’empêcher de mourir. »

Un éclair de colère passe dans les yeux du prêtre : « Ah ! c’est comme cela ! » dit-il. Et prenant brusquement le petit Chose par la ceinture, il l’emporta sous son bras comme un paquet, malgré sa résistance et ses supplications…

… Nous voici maintenant chez l’abbé Germane : un grand feu brille dans la cheminée, près du feu, il y a une table avec une lampe allumée, des pipes et des tas de papiers chargés de pattes de mouche.