Page:Daudet - Le Petit Chose, 1868.djvu/151

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Le petit Chose est assis au coin de la cheminée. Il est très agité, il parle beaucoup, il raconte sa vie, ses malheurs et pourquoi il a voulu se tuer. L’abbé l’écoute en souriant ; puis, quand l’enfant a bien parlé, bien pleuré, bien dégonflé son pauvre cœur malade, le brave homme lui prend les mains et lui dit très tranquillement :

— Tout ceci n’est rien, mon garçon, et tu aurais été joliment bête de te mettre à mort pour si peu. Ton histoire est fort simple : on t’a chassé du collège, ─ ce qui, par parenthèse, est un grand bonheur pour toi… eh bien, il faut partir, partir tout de suite, sans attendre tes huit jours… Tu n’es pas une cuisinière, ventrebleu !… Ton voyage, tes dettes, ne t’en inquiète pas je m’en charge… L’argent que tu voulais emprunter à ce coquin, c’est moi qui te le prêterai. Nous réglerons tout cela demain… À présent, plus un mot ! j’ai besoin de travailler, et tu as besoin de dormir.. Seulement je ne veux pas que tu retournes dans ton affreux dortoir : tu aurais froid, tu aurais peur ; tu vas te coucher dans mon lit, de beaux draps blancs de ce matin !… Moi, j’écrirai toute la nuit : et si le sommeil me prend, je m’étendrai sur le canapé… Bonsoir ! ne me parle plus.

Le petit Chose se couche, il ne résiste pas… Tout ce qui lui arrive lui fait l’effet d’un rêve. Que d’événements dans une journée ! Avoir été si près de la mort, et se retrouver au fond d’un bon lit, dans cette chambre tranquille et tiède !… Comme le petit Chose est bien !… De temps en temps, en ouvrant les