Page:Daudet - Le Petit Chose, 1868.djvu/154

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un dernier regard autour de sa chambre ; je contemplai une dernière fois la grande bibliothèque, la petite table, le feu à demi éteint, le fauteuil où j’avais tant pleuré, le lit où j’avais dormi si bien ; et, songeant à cette existence mystérieuse dans laquelle je devinais tant de courage, de bonté cachée, de dévouement et de résignation, je ne pus m’empêcher de rougir de mes lâchetés, et je me fis le serment de me rappeler toujours l’abbé Germane.

En attendant, le temps passait… J’avais ma malle à faire, mes dettes à payer, ma place à retenir à la diligence…

Au moment de sortir, j’aperçus sur un coin de la cheminée plusieurs vieilles pipes toutes noires. Je pris la plus vieille, la plus noire, la plus courte, et je la mis dans ma poche comme une relique ; puis je descendis.

En bas, la porte du vieux gymnase était encore entrouverte. Je ne pus m’empêcher d’y jeter un regard en passant, et ce que je vis me fit frissonner.

Je vis la grande salle sombre et froide, l’anneau de fer qui reluisait, et ma cravate violette avec son nœud coulant, qui se balançait dans le courant d’air au-dessus de l’escabeau renversé.