Page:Daudet - Le Petit Chose, 1868.djvu/158

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bon sourire bien loyal et deux grands bras ouverts… Oh ! la tonnelle !

— Je vous cherchais, me dit-il… Qu’est-ce que j’apprends ? Vous…

Il s’arrêta net. Mon regard lui cloua ses phrases menteuses sur les lèvres. Et dans ce regard qui le fixait d’aplomb, en face, le misérable dut lire bien des choses, car je le vis tout à coup pâlir, balbutier, perdre contenance ; mais ce ne fut que l’affaire d’un instant : il reprit aussitôt son air flambant, planta dans mes yeux deux yeux froids et brillants comme l’acier, et, fourrant ses mains au fond de ses poches d’un air résolu, il s’éloigna en murmurant que ceux qui ne seraient pas contents n’auraient qu’à venir le lui dire…

Bandit, va !

Quand je rentrai au collège, les élèves étaient en classe. Nous montâmes dans ma mansarde. L’homme chargea la malle sur ses épaules et descendit. Moi, je restai encore quelques instants dans cette chambre glaciale, regardant les murs nus et salis, le pupitre noir tout déchiqueté, et, par la fenêtre étroite, les platanes des cours qui montraient leurs têtes couvertes de neige… En moi-même, je disais adieu à tout le monde.

À ce moment, j’entendis une voix de tonnerre qui grondait dans les classes : c’était la voix de l’abbé Germane. Elle me réchauffa le cœur et fit venir au bord des cils quelques bonnes larmes.

Après quoi, je descendis lentement, regardant attentif autour de moi, comme pour emporter dans