Page:Daudet - Le Petit Chose, 1868.djvu/160

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un M. Viot sans ses clefs, hagard, effaré, courant de droite et de gauche. Quand il passa près de moi, il me regarda un moment avec angoisse. Le malheureux avait envie de me demander si je ne les avais pas vues. Mais il n’osa pas… À ce moment, le portier lui criait du haut de l’escalier en se penchant : « Monsieur Viot, je ne les trouve pas ! » J’entendis l’homme aux clefs faire tout bas : « Oh ! mon Dieu ! » — Et il partit comme un fou à la découverte.

J’aurais été heureux de jouir plus longtemps de ce spectacle, mais le clairon de la diligence sonnait sur la place d’Armes, et je ne voulais pas qu’on partît sans moi.

Et maintenant adieu pour toujours, grand collège enfumé, fait de vieux fer et de pierres noires ; adieu, vilains enfants ! adieu, règlement féroce ! Le petit Chose s’envole et ne reviendra plus. Et vous, marquis de Boucoyran, estimez-vous heureux : On s’en va, sans vous allonger ce fameux coup d’épée, si longtemps médité avec les nobles cœurs du café Barbette…

Fouette, cocher ! Sonne trompette ! Bonne vieille diligence, fais feu de tes quatre roues, emporte le petit Chose au galop de tes trois chevaux… Emporte-le bien vite dans sa ville natale, pour qu’il embrasse sa mère chez l’oncle Baptiste et qu’ensuite il mette le cap sur Paris et rejoigne au plus vite Eyssette (Jacques) dans sa chambre du Quartier latin !…