Page:Daudet - Le Petit Chose, 1868.djvu/191

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quand soudain ma mère Jacques parut à mes côtés. Il était aussi étonné que moi.

— Comment ! c’est toi, Daniel ! Que fais-tu là, bon Dieu ?

Je répondis d’un petit air négligent :

— Tu vois ! je me promène.

Ce bon garçon de Jacques me regardait avec admiration :

— C’est qu’il est déjà Parisien, vraiment !

Au fond, j’étais bien heureux de l’avoir, et je m’accrochai à son bras avec une joie d’enfant, comme à Lyon, quand M. Eyssette père était venu nous chercher sur le bateau.

— Quelle chance que nous nous soyons rencontrés ! me dit Jacques. Mon marquis a une extinction de voix, et comme, heureusement, on ne peut pas dicter par gestes, il m’a donné congé jusqu’à demain… Nous allons en profiter pour faire une grande promenade…

Là-dessus, il m’entraîne ; et nous voilà partis dans Paris, bien serrés l’un contre l’autre et tout fiers de marcher ensemble.

Maintenant que mon frère est près de moi, la rue ne me fait plus peur. Je vais la tête haute, avec un aplomb de trompette aux zouaves, et gare au premier qui rira ! Pourtant une chose m’inquiète, Jacques, chemin faisant, me regarde à plusieurs reprises d’un air piteux. Je n’ose lui demander pourquoi.

— Sais-tu qu’ils sont très gentils tes caoutchoucs ? me dit-il au bout d’un moment.