Page:Daudet - Le Petit Chose, 1868.djvu/192

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— N’est-ce pas, Jacques ?

— Oui, ma foi ! très gentils… Puis, en souriant, il ajoute : C’est égal, quand je serai riche, je t’achèterai une paire de bons souliers pour mettre dedans.

Pauvre cher Jacques ! il a dit cela sans malice ; mais il n’en faut pas plus pour me décontenancer. Voilà toutes mes hontes revenues. Sur ce grand boulevard ruisselant de clair soleil, je me sens ridicule avec mes caoutchoucs, et quoi que Jacques puisse me dire d’aimable en faveur de ma chaussure, je veux rentrer sur-le-champ.

Nous rentrons. On s’installe au coin du feu, et le reste de la journée se passe gaiement à bavarder ensemble comme deux moineaux de gouttière… Vers le soir, on frappe à notre porte. C’est un domestique du marquis avec ma malle.

— Très bien ! dit ma mère Jacques. Nous allons inspecter un peu ta garde-robe.

Pécaïre ! ma garde-robe !…

L’inspection commence. Il faut voir notre mine piteusement comique en faisant ce maigre inventaire. Jacques, à genoux devant la malle, tire les objets l’un après l’autre et les annonce à mesure.

— Un dictionnaire… une cravate… un autre dictionnaire… Tiens ! une pipe… tu fumes donc !… Encore une pipe… Bonté divine ! que de pipes ! Si tu avais seulement autant de chaussettes… Et ce gros livre, qu’est-ce que c’est ? .. : Oh ! ah !… Cahier de punitions… Boucoyran, 500 lignes… Soubeyrol, 400 lignes… Boucoyran, 500 lignes…