Page:Daudet - Le Petit Chose, 1868.djvu/197

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— Je le ferai aussi, moi, Jacques.

— Non, non. Pour un académicien, ce ne serait pas convenable. Mais revenons au budget… Donc 15 francs de chambre, 5 francs de charbon — seulement 5 francs, parce que je vais le chercher moi-même aux usines tous les mois — restent 40 francs. Pour ta nourriture, mettons 30 francs. Tu dîneras à la crémerie où nous sommes allés ce soir, c’est 15 sous sans le dessert, et tu as vu qu’on n’est pas trop mal. Il te reste 5 sous pour ton déjeuner. Est-ce assez ?

— Je crois bien.

— Nous avons encore 10 francs. Je compte 7 francs de blanchissage… Quel dommage que je n’aie pas le temps ! j’irais moi-même au bateau… Restent 3 francs que j’emploie comme ceci : 30 sous pour mes déjeuners… dame, tu comprends ! moi, je fais tous les jours un bon repas chez mon marquis, et je n’ai pas besoin d’un déjeuner aussi substantiel que le tien. Les derniers trente sous sont les menus frais, tabac, timbres poste et autres dépenses imprévues. Cela nous fait juste nos soixante francs… Hein ! Crois-tu que c’est calculé ?

Et Jacques enthousiasmé se met à gambader dans la chambre ; puis, subitement, il s’arrête et prend un air consterné :

— Allons, bon ! le budget est à refaire… J’ai oublié quelque chose.

— Quoi donc ?

— Et la bougie !… Comment feras-tu, le soir, pour travailler, si tu n’as pas de bougie ? C’est une