Page:Daudet - Le Petit Chose, 1868.djvu/206

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là je n’avais plus le moindre bruit : les pierrots, les angélus, tous mes amis étaient couchés. Complet tête-à-tête avec la Muse… Vers neuf heures, j’entendais monter dans l’escalier, ─ un petit escalier de bois qui faisait suite au grand. — C’était mademoiselle Coucou-Blanc, notre voisine, qui rentrait. À partir de ce moment, je ne travaillais plus. Ma cervelle émigrait effrontément chez la voisine et n’en bougeait pas… Que pouvait-elle bien être, cette mystérieuse Coucou-Blanc ?… Impossible d’avoir le moindre renseignement à son endroit… Si j’en parlais à Jacques, il prenait un petit air en dessous pour me dire : « Comment !… tu ne l’as pas encore rencontrée, notre superbe voisine ? » Mais, jamais il ne s’expliquait davantage. Moi je pensais : « Il ne veut pas que je la connaisse… C’est sans doute une grisette du quartier latin. » Et cette idée m’embrasait la tête. Je me figurais quelque chose de frais, de jeune, de joyeux, — une grisette, quoi ! Il n’y avait pas jusqu’à ce nom de Coucou-Blanc qui ne me parût plein de saveur, un de ces jolis sobriquets d’amour comme Musette ou Mimi Pinson. C’était, dans tous les cas, une Musette bien sage et bien rangée que ma voisine, une Musette de Nanterre, qui rentrait tous les soirs à la même heure, et toujours seule. Je savais cela pour avoir plusieurs jours de suite, à l’heure où elle arrivait, appliqué mon oreille à sa cloison… Invariablement, voici ce que j’entendais : d’abord comme un bruit de bouteille qu’on débouche et rebouche plusieurs fois ; puis au bout