Page:Daudet - Le Petit Chose, 1868.djvu/221

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jusqu’au plafond. Le palais de la fée Porcelaine vu de nuit. Dans l’arrière-boutique un bec de gaz ouvert à demi veillait encore, laissant sortir d’un air ennuyé un tout petit bout de langue… Nous ne fîmes que traverser. Il y avait là, assis sur le bord d’un canapé-lit, un grand jeune homme blond qui jouait mélancoliquement de la flûte. Jacques, en passant, dit un « bonjour » très sec, auquel le jeune homme blond répondit par deux coups de flûte très secs aussi — tu, tu — ce qui doit être la façon de se dire bonjour entre flûtes qui s’en veulent.

— C’est le commis, me dit Jacques, quand nous fûmes dans l’escalier… Il nous assomme, ce grand blond, à jouer toujours de la flûte… Est-ce que tu aimes la flûte, toi, Daniel ?

J’eus envie de lui demander : « Et la petite, l’aime-t-elle ? » Mais j’eus peur de lui faire de la peine et je lui répondis très sérieusement : « Non, Jacques, je n’aime pas la flûte. »

L’appartement de Pierrotte était au quatrième étage, dans la même maison que le magasin. Mademoiselle Camille, trop aristocrate pour se montrer à la boutique, restait en haut et ne voyait son père qu’à l’heure des repas. « Oh ! tu verras ! me disait Jacques en montant, c’est tout à fait sur un pied de grande maison. Camille a une dame de compagnie, Mme Veuve Tribou, qui ne la quitte jamais… Je ne sais pas trop d’où elle vient cette madame Tribou, mais Pierrotte la connaît et prétend que c’est une dame de grand mérite…