Page:Daudet - Le Petit Chose, 1868.djvu/220

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


pas se lasser de me serrer les mains, de m’embrasser, de me regarder en riant avec ses gros yeux pleins de larmes ; il se mit ensuite à nous parler de notre mère, des deux mille francs, de sa Roberte, de sa Camille, de son Anastagille, et cela avec tant de longueurs, tant de périodes, que nous serions encore, ─ c’est bien le cas de le dire, ─ debout dans le magasin, à l’écouter, si, Jacques ne lui avait pas dit d’un ton d’impatience : « Et votre caisse, Pierrotte ! »

Pierrotte s’arrêta net. Il était un peu confus d’avoir tant parlé :

— Vous avez raison, monsieur Jacques, je bavarde… je bavarde… et puis la petite… c’est bien le cas de le dire… la petite me grondera d’être monté si tard.

— Est-ce que Camille est là-haut ? demanda Jacques d’un petit air indifférent.

— Oui… oui, monsieur Jacques… la petite est là-haut… Elle languit… C’est bien le cas de le dire… Elle languit joliment de connaître M. Daniel. Montez donc la voir… je vais faire ma caisse et je vous rejoins… c’est bien le cas de le dire.

Sans en écouter davantage, Jacques me prit le bras et m’entraîna vite vers le fond, du côté où on jouait de la flûte… Le magasin de Pierrotte était grand et bien garni. Dans l’ombre, on voyait miroiter le ventre des carafes, les globes d’opale, l’or fauve des verres de Bohême, les grandes coupes de cristal, les soupières rebondies, puis de droite et de gauche, de longues piles d’assiettes qui montaient