Page:Daudet - Le Petit Chose, 1868.djvu/228

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— Eh bien, comment les trouves-tu ? me dit Jacques, dès que nous fûmes dehors.

— Mon cher, M. Lalouette est bien laid, mais mademoiselle Pierrotte est charmante.

— N’est-ce pas ? me fit le pauvre amoureux avec une telle vivacité que je ne pus m’empêcher de rire.

— Allons ! Jacques, tu t’es trahi, lui dis-je en lui prenant la main.

Ce soir-là, nous nous promenâmes bien tard le long des quais. À nos pieds, la rivière tranquille et noire roulait comme des perles des milliers de petites étoiles. Les amarres des gros bateaux criaient. C’était plaisir de marcher doucement dans l’ombre et d’entendre Jacques me parler d’amour… Il aimait de toute son âme ; mais on ne l’aimait pas, il savait bien qu’on ne l’aimait pas.

— Alors Jacques, c’est qu’elle en aime un autre, sans doute.

— Non, Daniel, je ne crois pas qu’avant ce soir elle ait encore aimé personne.

— Avant ce soir ! Jacques, que veux-tu dire ?

— C’est que tout le monde t’aime, toi, Daniel… et elle pourrait bien t’aimer aussi.

Pauvre cher Jacques ! Il fallait voir de quel air triste et résigné il disait cela. Moi, pour le rassurer je me mis à rire bruyamment, plus bruyamment même que je n’en avais envie. « — Diable ! mon cher, comme tu y vas… je suis donc bien irrésistible ou mademoiselle Pierrotte bien inflammable… Mais non ! Rassure-toi, ma mère Jacques. Mademoiselle