Page:Daudet - Le Petit Chose, 1868.djvu/227

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Derrière eux, Pierrotte nous garda encore longtemps sur le palier à nous faire des discours interminables : « Ah çà ! monsieur Daniel, maintenant que vous connaissez la maison, j’espère qu’on vous y verra. Nous n’avons jamais grand monde, mais du monde choisi… c’est bien le cas de le dire… D’abord M. et madame Lalouette, mes anciens patrons ; puis madame Tribou, une dame du plus grand mérite, avec qui vous pourrez causer ; puis mon commis, un bon garçon qui nous joue quelquefois de la flûte… c’est bien le cas de le dire… Vous ferez des duos tous les deux. Ce sera gentil. »

J’objectai timidement que j’étais fort occupé, et que je ne pourrais peut-être pas venir aussi souvent que je le désirerais.

Cela le fit rire : « Allons donc ! occupé, monsieur Daniel… On les connaît vos occupations à vous autres dans le quartier Latin… C’est bien le cas de le dire… on doit avoir par là quelque grisette.

— Le fait est, dit Jacques, en riant aussi, que mademoiselle Coucou-Blanc ne manque pas d’attraits.

Ce nom de Coucou-Blanc mit le comble à l’hilarité de Pierrotte.

— Comment dites-vous cela, monsieur Jacques ?… Coucou-Blanc ? Elle s’appelle Coucou-Blanc… Hé ! hé ! hé ! Voyez-vous ce gaillard-là… à son âge. » Il s’arrêta court en s’apercevant que sa fille l’écoutait ; mais nous étions au bas de l’escalier que nous entendions encore son gros rire qui faisait trembler la rampe…