Page:Daudet - Le Petit Chose, 1868.djvu/234

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instrument sur la nappe près de lui. « Que Camille puisse hésiter entre cette flûte ambulante et ma mère Jacques, voilà qui n’est pas possible. me disais-je tout en montant. Enfin, nous allons voir… »

Je trouvai Pierrotte à table avec sa fille et la dame de grand mérite. Les yeux noirs n’étaient pas là fort heureusement. Quand j’entrai, il y eut une exclamation de surprise. « Enfin, le voilà ! s’écria le bon Pierrotte de sa voix de tonnerre… C’est bien le cas de le dire… Il va prendre le café avec nous… » On me fit place. La dame de grand mérite alla me chercher une belle tasse à fleurs d’or, et je m’assis à côté de mademoiselle Pierrotte.

Elle était très gentille ce jour-là, mademoiselle Pierrotte. Dans ses cheveux, un peu au-dessus de l’oreille, ─ ce n’est plus là qu’on les place aujourd’hui, ─ elle avait mis une petite rose rouge, mais si rouge, si rouge… Entre nous, je crois que cette petite rose rouge était fée, tellement elle embellissait la petite Philistine. « Ah ! çà, monsieur Daniel, me dit Pierrotte avec un bon gros rire affectueux, c’est donc fini, vous ne voulez donc plus venir nous voir ! » J’essayai de m’excuser et de parler de mes travaux littéraires. « Oui, oui, je connais ça, le quartier Latin… » fit le Cévenol. Et il se mit à rire de plus belle en regardant la dame de grand mérite qui toussotait, hem ! hem ! d’un air entendu et m’envoyait des coups de pied sous la table. Pour ces braves gens, quartier Latin, cela voulait dire orgies, violons, masques, pétards, pots-cassés, nuits folles et le reste. Ah ! si je leur avais