Page:Daudet - Le Petit Chose, 1868.djvu/275

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Je me trouvai tout à coup plus petit, plus chétif, plus timide, plus enfant, comme si mon frère, en s’en allant, m’avait emporté la moelle de mes os, ma force, mon audace et la moitié de ma taille. La foule qui m’entourait me faisait peur. J’étais redevenu le petit Chose…

La nuit tombait. Lentement, par le plus long chemin, par les quais les plus déserts, le petit Chose regagna son clocher. L’idée de se retrouver dans cette chambre vide l’attristait horriblement. Il aurait voulu rester dehors jusqu’au matin. Pourtant il fallait rentrer.

En passant devant la loge, le portier lui cria :

— Monsieur Eyssette, une lettre !…

C’était un petit billet, élégant, parfumé, satiné ; écriture de femme plus fine, plus féline que celle des yeux noirs… De qui cela pouvait bien être ? Vivement il rompit le cachet, et lut dans l’escalier à la lueur du gaz :

« Monsieur mon voisin,

« La Comédie pastorale est depuis hier sur ma table ; mais il y manque une dédicace. Vous seriez bien aimable de venir la mettre ce soir, en prenant une tasse de thé… Vous savez ! c’est entre artistes.

« Irma Borel. »

Et plus bas :

« La dame du premier. »