Page:Daudet - Le Petit Chose, 1868.djvu/279

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


— Vous vous occupez d’art dramatique, madame ? (Il n’osa pas dire « ma voisine ».)

— Oh ! vous savez, une fantaisie… comme je me suis occupée de sculpture et de musique… Pourtant, cette fois, je crois que je suis bien mordue… Je vais débuter au Théâtre-Français…

À ce moment, un énorme oiseau à huppe jaune vint, avec un grand bruit d’ailes, s’abattre sur la tête frisée du petit Chose.

— N’ayez pas peur, dit la dame en riant de son air effaré, c’est mon kakatoës… une brave bête que j’ai ramenée des îles Marquises.

Elle prit l’oiseau, le caressa, lui dit deux ou trois mots d’espagnol et le rapporta sur un perchoir doré à l’autre bout du salon. Le petit Chose ouvrait de grands yeux. La Négresse le kakatoës, le Théâtre-Français, les îles Marquises…

— Quelle femme singulière ! se disait-il avec admiration.

La dame revint s’asseoir à côté de lui ; et la conversation continua. La Comédie pastorale en fit d’abord tous les frais. La dame l’avait lue et relue plusieurs fois depuis la veille ; elle en savait des vers par cœur et les déclamait avec enthousiasme. Jamais la vanité du petit Chose ne s’était trouvée à pareille fête. On voulait savoir son âge, son pays, comment il vivait, s’il allait dans le monde, s’il était amoureux. À toutes ces questions, il répondait avec la plus grande candeur ; si bien qu’au bout d’une heure la dame du premier connaissait à fond la mère Jacques, l’histoire de la maison