Page:Daudet - Le Petit Chose, 1868.djvu/278

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autour d’elle comme une nuée. Une des manches du peignoir, relevée jusqu’à l’épaule, laissait voir un bras de neige d’une incomparable pureté, brandissant, en guise de poignard un coupe-papier de nacre. L’autre main, noyée dans la guipure, tenait un livre ouvert…

Le petit Chose s’arrêta, ébloui. Jamais la dame du premier ne lui avait paru si belle. D’abord elle était moins pâle qu’à leur première rencontre. Fraîche et rose, au contraire, mais d’un rose un peu voilé, elle avait l’air, ce jour-là, d’une jolie fleur d’amandier et la petite cicatrice blanche du coin de la lèvre en paraissait d’autant plus blanche. Puis ses cheveux, qu’il n’avait pu voir la première fois, l’embellissaient encore, en adoucissant ce que son visage avait d’un peu fier et de presque dur. C’étaient des cheveux blonds, d’un blond cendré, d’un blond de poudre, et il y en avait, et ils étaient fins, un brouillard d’or autour de la tête.

Quand elle vit le petit Chose, la dame coupa net à sa déclamation. Elle jeta sur un divan derrière elle son couteau de nacre et son livre, ramena par un geste adorable la manche de son peignoir, et vint à son visiteur la main cavalièrement tendue.

— Bonjour, mon voisin ! lui dit-elle avec un gentil sourire ; vous me surprenez en pleines fureurs tragiques ! J’apprends le rôle de Clytemnestre… C’est empoignant, n’est-ce pas ?

Elle le fit asseoir sur un divan à côté d’elle et la conversation s’engagea.