Page:Daudet - Le Petit Chose, 1868.djvu/281

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indien de la table d’hôte. Baghavat, en entrant, alla droit à la dame et lui tendit un livre à couverture verte.

— Je vous rapporte vos papillons, dit-il. Quelle drôle de littérature !…

— Un geste de la dame l’arrêta net. Il comprit que l’auteur était là et regarda de son côté avec un sourire contraint. Il y eut un moment de silence et de gêne, auquel l’arrivée d’un troisième personnage vint faire une heureuse diversion. Celui-ci était le professeur de déclamation ; un affreux petit bossu, tête blême, perruque rousse, rire aux dents moisies. Il paraît que, sans sa bosse, ce bossu-là eût été le plus grand comédien de son époque ; mais son infirmité ne lui permettant pas de monter sur les planches, il se consolait en faisant des élèves et disant du mal de tous les comédiens du temps.

Dès qu’il parut, la dame lui cria :

— Avez-vous vu l’Israélite ? Comment a-t-elle marché ce soir ?

L’Israélite, c’était la grande tragédienne Rachel, alors au plus beau moment de sa gloire.

« Elle va de plus en plus mal, dit le professeur en haussant les épaules… Cette fille n’a rien… C’est une grue, une vraie grue.

— Une vraie grue, ajouta l’élève, et derrière elle les deux autres répétèrent avec conviction : « Une vraie grue… »

Un moment après on demanda à la dame de réciter quelque chose.

Sans se faire prier, elle se leva, prit le coupe-