Page:Daudet - Le Petit Chose, 1868.djvu/327

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bien !… Jacques, le premier, se dégagea doucement. Les larmes le gagnaient ; il avait hâte de sortir. Le Cévenol l’accompagna jusque dans le passage. Arrivé là, le pauvre homme ne put pas contenir plus longtemps l’amertume dont son cœur était plein, et il commença d’un air de reproche : « Ah ! monsieur Jacques… monsieur Jacques… c’est bien le cas de le dire !… » Mais il était trop ému pour achever sa traduction, et ne put que répéter deux fois de suite : « C’est bien le cas de le dire… c’est bien le cas de le dire… »

Oh ! oui, c’était bien le cas de le dire !…

En quittant Pierrotte, Jacques retourna chez l’imprimeur. Malgré les protestations de l’Alsacien, il voulut lui rendre sur-le-champ les quatre cents francs prêtés à Daniel. Il lui laissa en outre, pour n’avoir plus à s’inquiéter, l’argent des trois billets à échoir ; après quoi, se sentant le cœur plus léger, il se dit : « Cherchons l’enfant. » Malheureusement, l’heure était déjà trop avancée pour se mettre en chasse le jour même ; d’ailleurs la fatigue du voyage, l’émotion, la petite toux sèche et continue qui le minait depuis longtemps, avaient tellement brisé la pauvre mère Jacques qu’il dut revenir rue Bonaparte pour prendre un peu de repos.

Ah ! lorsqu’il entra dans la petite chambre et qu’aux dernières heures d’un vieux soleil d’octobre, il revit tous ces objets qui lui parlaient de son enfant : l’établi aux rimes devant la fenêtre, son verre, son encrier, ses pipes à court tuyau comme