Page:Daudet - Le Petit Chose, 1868.djvu/331

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sais pas… Le règlement de l’hôtel s’oppose… nous avons des ecclésiastiques qui…

Jacques sourit : « Ah ! très bien, je comprends… Ce sont les deux couverts qui vous épouvantent… Rassurez-vous, mon cher monsieur Pilois, ce n’est pas une femme. » Et à part lui, en descendant vers Montparnasse, il se disait : « Pourtant, si, c’est une femme, une femme sans courage, un enfant sans raison qu’il ne faut plus jamais laisser seul. »

Dites-moi pourquoi ma mère Jacques était si sûr de me trouver à Montparnasse. J’aurais bien pu, depuis le temps où je lui écrivis la terrible lettre qui ne partit pas, avoir quitté le théâtre ; j’aurais pu n’y être pas entré… Eh bien, non. L’instinct maternel guidait. Il avait la conviction de me trouver là-bas, de me ramener le soir même ; seulement, il pensait avec raison : « Pour l’enlever, il faut qu’il soit seul, que cette femme ne se doute de rien. » C’est ce qui l’empêcha de se rendre directement au théâtre chercher des renseignements. Les coulisses sont bavardes ; un mot pouvait donner l’éveil… Il aima mieux s’en rapporter tout bonnement aux affiches, et s’en fut vite les consulter.

Les prospectus des spectacles faubouriens se posent à la porte des marchands de vin du quartier, derrière un grillage, à peu près comme les publications de mariage dans les villages de l’Alsace. Jacques, en les lisant, poussa une exclamation de joie.

Le théâtre Montparnasse donnait, ce soir-là,