Page:Daudet - Le Petit Chose, 1868.djvu/330

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c’était un certificat de bonne vie et de mœurs. Jacques, qui avait gagné la confiance du Vatel de la maison d’Hacqueville, apportait de sa part un panier de vin de Marsala.

Cette recommandation fut suffisante, et quand il demanda timidement à faire partie des locataires, on lui donna sans hésiter une belle chambre au rez-de-chaussée, avec deux croisées ouvrant sur le jardin de l’hôtel, j’allais dire du couvent. Ce jardin n’était pas grand : trois ou quatre acacias, un carré de verdure indigente, ─ la verdure des Batignolles, ─ un figuier sans figues, une vigne malade et quelques pieds de chrysanthèmes en faisaient tous les frais ; mais enfin cela suffisait pour égayer la chambre, un peu triste et humide de son naturel…

Jacques, sans perdre une minute, fit son installation, planta des clous, serra son linge, posa un râtelier pour les pipes de Daniel, accrocha le portrait de madame Eyssette à la tête du lit, fit enfin de son mieux pour chasser cet air de banalité qui empeste les garnis ; puis, quand il eut bien pris possession, il déjeuna sur le pouce, et sortit après. En passant, il avertit M. Pilois que ce soir-là, exceptionnellement, il rentrerait peut-être un peu tard, et le pria de faire préparer dans sa chambre un gentil souper avec deux couverts et du vin vieux. Au lieu de se réjouir de cet extra, le bon M. Pilois rougit jusqu’au bout des oreilles, comme un vicaire de première année.

— C’est que, dit-il d’un air embarrassé, je ne