Page:Daudet - Le Petit Chose, 1868.djvu/334

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XIV
le rêve

— Regarde donc, Daniel, me dit ma mère Jacques quand nous entrâmes dans la chambre de l’hôtel Pilois : c’est comme la nuit de ton arrivée à Paris !

Comme cette nuit-là, en effet, un joli réveillon nous attendait sur une nappe bien blanche ; le pâté sentait bon, le vin avait l’air vénérable, la flamme claire des bougies riait au fond des verres… Et pourtant, et pourtant, ce n’était plus la même chose ! Il y a des bonheurs qu’on ne recommence pas. Le réveillon était le même ; mais il y manquait la fleur de nos anciens convives, les belles ardeurs de l’arrivée, les projets de travail, les rêves de gloire, et cette sainte confiance qui fait rire et qui donne faim. Pas un, hélas ! pas un ces réveillonneurs du temps passé n’avait voulu venir chez M. Pilois. Ils étaient tous restés dans le clocher de Saint-Germain ; même, au dernier moment, l’Ex-