Page:Daudet - Le Petit Chose, 1868.djvu/335

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qui nous avait promis d’être de la fête, fit dire qu’elle ne viendrait pas.

Oh ! non, ce n’était plus la même chose. Je le compris si bien qu’au lieu de m’égayer, l’observation de Jacques me fit monter aux yeux un grand flot de larmes. Je suis sûr qu’au fond du cœur il avait bonne envie de pleurer, lui aussi ; mais il eut le courage de se contenir, et me dit en prenant un petit air allègre : « Voyons ! Daniel, assez pleuré ! Tu ne fais que cela depuis une heure. (Dans la voiture, pendant qu’il me parlait, je n’avais cessé de sangloter sur son épaule.) En voilà un drôle d’accueil ! Tu me rappelles positivement les plus mauvais jours de mon histoire, le temps des pots de colle et de : « Jacques tu es un âne ! » Voyons, séchez vos larmes, jeune repenti, et regardez-vous dans la glace, cela vous fera rire. »

Je me regardai dans la glace ; mais je ne ris pas. Je me fis honte… J’avais ma perruque jaune collée à plat sur mon front, du rouge et du blanc plein les joues, par là-dessus la sueur, les larmes… C’était hideux ! D’un geste de dégoût, j’arrachai ma perruque ! mais, au moment de la jeter, je fis réflexion, et j’allai la pendre au beau milieu de la muraille.

Jacques me regardait très étonné : « Pourquoi la mets-tu là, Daniel ? C’est très vilain, ce trophée de guerrier apache… Nous avons l’air d’avoir scalpé Polichinelle. »

Et moi, très gravement : « Non ! Jacques, ce n’est pas un trophée. C’est mon remords, mon remords