Page:Daudet - Le Petit Chose, 1868.djvu/358

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jamais… Enfin, nous voici dans un jardin triste, plein d’une boue jaunâtre où l’on enfonce jusqu’aux chevilles. Nous nous arrêtons au bord d’un grand trou. Des hommes en manteaux courts apportent une grande boîte très lourde qu’il faut descendre là-dedans. L’opération est difficile. Les cordes, toutes raides de pluie, ne glissent pas. J’entends un des hommes qui crie : « Les pieds en avant ! les pieds en avant !… » En face de moi, de l’autre côté du trou, l’ombre de M. Viot, la tête penchée sur l’épaule, continue à me sourire doucement. Longue, mince, étranglée dans ses habits de deuil, elle se détache sur le gris du ciel comme une grande sauterelle noire, toute mouillée…

Maintenant, je suis seul avec Pierrotte… Nous descendons le faubourg Montmartre… Pierrotte cherche une voiture, mais il n’en trouve pas. Je marche à côté de lui, mon chapeau à la main ; il me semble que je suis toujours derrière le corbillard… Tout le long du faubourg, les gens se retournent pour voir ce gros homme qui pleure en appelant des fiacres et cet enfant qui va tête nue sous une pluie battante.

Nous allons, nous allons toujours. Et je suis las, et ma tête est lourde… Enfin, voici le passage du Saumon, l’ancienne maison Lalouette avec ses contrevents peints, ruisselants d’eau verte… Sans entrer dans la boutique, nous montons chez Pierrotte… Au premier étage, les forces me manquent. Je m’assieds sur une marche. Impossible d’aller plus loin ; ma tête est trop lourde… Alors Pierrotte me