Page:Daudet - Le Petit Chose, 1868.djvu/364

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Il n’achève pas sa phrase et cache sa tête dans l’oreiller en sanglotant.

… À ce moment, Pierrotte entre dans la chambre ; il amène un nouveau médecin. (Pour peu que la maladie continue, toute l’Académie de médecine y passera.) Celui-ci est l’illustre docteur Broum-Broum, un gaillard qui va vite en besogne et ne s’amuse pas à boutonner ses gants au chevet des malades. Il s’approche du petit Chose, lui tâte le pouls, lui regarde les yeux et la langue, puis se tournant vers Pierrotte :

— Qu’est-ce que vous me chantiez donc ?… Mais il est guéri ce garçon-là…

— Guéri ! Fait le bon Pierrotte, en joignant les mains.

— Si bien guéri que vous allez me jeter tout de suite cette glace par la fenêtre et donner à votre malade une aile de poulet aspergée de Saint-Émilion… Allons ! Ne vous désolez plus, ma petit demoiselle ; dans huit jours, ce jeune trompe-la-mort sera sur pied, c’est moi qui vous en réponds… D’ici là, gardez-le bien tranquille dans son lit ; évitez-lui toute émotion, toute secousse ; c’est le point essentiel !… Pour le reste, laissons faire la nature ; elle s’entend à soigner mieux que vous et moi…

Ayant ainsi parlé, l’illustre docteur Broum-Broum donne une chiquenaude au jeune trompe-la-mort, un sourire à mademoiselle Camille, et s’éloigne lentement, escorté du bon Pierrotte qui pleure de joie et répète tout le temps : « Ah ! monsieur