Page:Daudet - Le Petit Chose, 1868.djvu/93

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son fauteuil, la tête renversée, il écoutait ses voisins d’une oreille distraite et semblait suivre de l’œil, à travers le feuillage, la fumée d’une pipe imaginaire.

Aux pieds de l’estrade, la musique, trombones et ophicléides, reluisant au soleil ; les trois divisions entassées sur des bancs, avec les maîtres en serre-file ; puis, derrière, la cohue des parents, le professeur de seconde offrant le bras aux dames en criant : « Place ! place ! » et enfin, perdues au milieu de la foule, les clefs de M. Viot qui couraient d’un bout de la cour à l’autre et qu’on entendait ─ frinc ! frinc ! frinc ! ─ à droite, à gauche, ici, partout en même temps.

La cérémonie commença, il faisait chaud. Pas d’air sous la tente… il y avait de grosses dames cramoisies qui sommeillaient à l’ombre de leurs marabouts, et des messieurs chauves qui s’épongeaient la tête avec des foulards ponceau. Tout était rouge, les visages, les tapis, les drapeaux, les fauteuils… Nous eûmes trois discours, qu’on applaudit beaucoup ; mais moi, je ne les entendis pas. Là-haut, derrière la fenêtre du premier étage, les yeux noirs cousaient à leur place habituelle, et mon âme allait vers eux… Pauvres yeux noirs ! même ce jour-là, la fée aux lunettes ne les laissait pas chômer.

Quand le dernier nom du dernier accessit de la dernière classe eut été proclamé, la musique entama une marche triomphale et tout se débanda. Tohubohu général. Les professeurs descendaient