Page:Daudet - Le Petit Chose, 1868.djvu/99

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pas quitté d’une minute… Tu battais la campagne tout le temps ; tu parlais toujours de reconstruire le foyer. Quel foyer ? dis !… Tu criais : « Pas de clefs ? Otez les clefs des serrures ! » Tu ris ? Je te jure que je ne riais pas, moi. Dieu ! quelles nuits tu m’as fait passer !… Comprends-tu cela !

M. Viot ─ c’est bien M. Viot, n’est-ce pas ? ─ qui voulait m’empêcher de coucher dans le collège ! Il invoquait le règlement… Ah ! bien oui, le règlement ! Est-ce que je le connais, moi, son règlement ? Ce cuistre-là croyait me faire peur en me remuant ses clefs sous le nez. Je l’ai poliment remis à sa place va !

Le petit Chose frémit de l’audace de M. Eyssette ; puis oubliant bien vite les clefs de M. Viot : « Et ma mère ? « demande-t-il, en étendant ses bras comme si sa mère était là, à portée de ses caresses.

— Si tu te découvres, tu ne sauras rien, répondit M. Eyssette d’un ton fâché. Voyons ! couvre-toi…

Ta mère va bien, elle est chez l’oncle Baptiste.

— Et Jacques ?

— Jacques ? c’est un âne !… Quand je dis un âne, tu comprends, c’est une façon de parler… Jacques est un très brave enfant, au contraire… Ne te découvre donc pas, mille diables !… Sa position est fort jolie. Il pleure toujours, par exemple. Mais, du reste, il est très content. Son directeur l’a pris pour secrétaire… Il n’a rien à faire qu’à écrire sous la dictée… Une situation fort agréable..

Il sera donc toute sa vie condamné à écrire sous la dictée, ce pauvre Jacques !…