Page:Daudet - Le Petit Chose, 1868.djvu/100

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Disant cela, le petit Chose se met à rire de bon cœur, et M. Eyssette rit de le voir rire, tout en le grondant à cause de cette maudite couverture qui se dérange toujours…

Oh ! bienheureuse infirmerie ! Quelles heures charmantes le petit Chose passe entre les rideaux bleus de sa couchette !… M. Eyssette ne le quitte pas ; il reste là tout le jour, assis près du chevet, et le petit Chose voudrait que M. Eyssette ne s’en allât jamais… Hélas ! c’est impossible. La Compagnie vinicole a besoin de son voyageur. Il faut reprendre la tournée des Cévennes…

Après le départ de son père, l’enfant reste seul, dans l’infirmerie silencieuse… Il passe ses journées à lire, au fond d’un grand fauteuil roulé près de la fenêtre. Matin et soir, la jaune madame Cassagne lui apporte ses repas, Le petit Chose boit le bol de bouillon, suce l’aileron de poulet, et dit : « Merci, madame ! » Rien de plus. Cette femme sent les fièvres et lui déplaît ; il ne la regarde même pas.

Or, un matin qu’il vient de faire son : « Merci, madame ! » tout sec comme à l’ordinaire, sans quitter son livre des yeux, il est bien étonné d’entendre une voix très douce lui dire : « Comment cela va-t-il aujourd’hui, monsieur Daniel ? »

Le petit Chose lève la tête, et devinez ce qu’il voit ?…

Les yeux noirs, les yeux noirs en personne, immobiles et souriants devant lui…

Les yeux noirs annoncent à leur ami que la femme jaune est malade et qu’ils sont chargés de