Page:Daudet - Port-Tarascon, 1890.djvu/85

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ciel, imaginez un beau soleil, un soleil de jour de fête, pour horizon le large Rhône, vagué comme une mer, rebroussé par le mistral, et vous aurez l’idée du Tutu-panpan en partance pour Port-Tarascon.

Le duc de Mons n’avait pu assister au lancement, retenu à Londres par une nouvelle émission. C’est qu’il en fallait de l’argent, pour payer bateaux, équipages et ingénieurs, tous les frais de l’émigration ! Le duc avait annoncé des fonds le matin même par dépêche. Et tous admiraient le côté pratique de l’homme du Nord.

« Quel exemple il nous donne, messieurs ! » déclamait Tartarin, ajoutant toujours : « Imitons-le… Pas d’emballemain ! » C’est vrai que lui-même avait l’air très calme, très simple aussi, sans le moindre « flafla », au milieu de tous ses administrés en costume, seulement le grand cordon de l’Ordre en sautoir sur sa redingote.

Du pont du Tutu-panpan, on voyait les colons venir de loin, par groupes, apparaître à des tournants de rue, puis déboucher sur le quai, enfin reconnaissables et salués par leurs noms :

« Ah ! Voilà les Roquetaillade !…