Page:Daudet - Sapho, 1884.djvu/340

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est un peu le supplice qui nous attendait ensemble… »

Il s’arrêta une minute, écrasé, stupide. À perte de vue le bleu de la mer étincelait. Addio… chantaient les harpes auxquelles s’était jointe une voix chaude et passionnée comme elles… Addio… Et le néant de sa vie détruite, ravagée, toute de débris et de larmes, lui apparut, le champ ras, les moissons faites sans espoir de retour, et pour cette femme qui lui échappait…

« J’aurais dû te dire cela plus tôt, mais je n’osais pas, te voyant si monté, si résolu. Ton exaltation me gagnait ; puis la vanité de la femme, la fierté bien naturelle de t’avoir reconquis après la rupture. Seulement, tout au fond de moi, je sentais que ça n’y était plus, quelque chose de fini, de craqué. Comment veux-tu ? après des secousses pareilles… Et ne te figure pas que ce soit à cause de ce malheureux Flamant. Pour lui comme pour toi et tous les autres, c’est fini, mon cœur est mort ; mais il reste cet enfant dont je ne peux plus me passer et qui me ramène auprès du