Page:Daudet - Sapho, 1884.djvu/86

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Son cri se perdit dans un effroyable grondement de tonnerre, tout proche et prolongé, en même temps qu’une lueur vive éclairait la chambre… Le feu !… Elle se dressa épouvantée, prit machinalement la carafe restée sur la table, la vida sur cet amas de papiers dont la flamme embrasait les suies du dernier hiver, puis le pot à l’eau, les cruches, et se voyant impuissante, des flammèches voletant jusqu’au milieu de la chambre, elle courut au balcon en criant :

— Au feu ! au feu !

Les Hettéma arrivèrent les premiers, ensuite le concierge, les sergents de ville. On criait :

— Baissez la plaque !… montez sur le toit !… De l’eau, de l’eau !… non, une couverture !…

Atterrés, ils regardaient leur intérieur envahi et souillé ; puis, l’alerte finie, le feu éteint, quand le noir attroupement en bas, sous le gaz de la rue, se fut dissipé, les voisins rassurés, rentrés chez eux, les deux amants au milieu de ce gâchis d’eau, de suie en boue, de meubles renversés et ruisselants, se sentirent écœurés et lâches, sans force pour reprendre la querelle ni faire la chambre