Page:Daveluy - L'esclave des Agniers, 1933.djvu/15

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bonté divine. Je mets tous mes vœux sous la protection de notre doux martyr, le père Jogues. Il nous aimait bien tous les deux, rappelle-toi. J’ai confiance. Je veux avoir confiance. D’une manière ou d’une autre, tu recevras ma missive, tu la liras, tu y trouveras la trace de mes larmes. Tiens, la petite tache qui veut boire tout ce mot là-bas, c’est bien un peu de mon chagrin qui s’en va. Elle était si pressée, si pressée de tomber, cette larme, que je ne l’ai pu recueillir à temps. Mon frère aîné, que je t’aime, tu le vois, que je te regrette, que mon cœur est sans cesse déchiré à cause de toi.

Mais je veux faire taire ma peine, je veux bien fidèlement te faire la chronique des événements qui se sont passés depuis ton départ, il y a près d’un an et demi. N’auras-tu pas ainsi, pour quelques minutes au moins, l’impression que tu es toujours au milieu de nous, prenant ta part de nos peines comme de nos rares joies.

Suis-moi bien. Je débute tout juste après le départ de nos morts regrettés, pour cette « mission des martyrs » trop bien appelée, par tous nos missionnaires en route, soit vers les Agniers, soit vers les Onontagués, soit vers toute autre tribu de mes terrible ennemis, les Iroquois.