Page:Daveluy - L'esclave des Agniers, 1933.djvu/16

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Le 2 octobre de l’an dernier, notre amie d’enfance, Marie-Madeleine de Repentigny, épousait son cher Paul Godefroy. Nous étions invités tous deux, tu te penses bien, aux fêtes des noces, pleines de gaieté, de charme. Elles eurent lieu 10 jours plus tard. Comme Jean Godefroy et sa femme, les proches cousins du marié, ne pouvaient se rendre, ni l’un ni l’autre, à Québec, pour la circonstance, je vis entrer un beau matin, dans notre salon du fort, Normanville, paré beau comme un prince et qui se mettait à l’instant en route pour Québec, afin de les remplacer. Je le complimentai sur sa bonne mine. Je fis mille vœux pour que son voyage fût heureux.

« Merci, Perrine, me dit-il, merci. Mais je ne puis, moi, en retour, vous complimenter sur votre santé. Vous êtes pâle, beaucoup trop pâle, enfant.

— M. de Normanville, je pleure souvent, voyez-vous… et…

— Oui, oui, je sais, reprit-il, et ce que j’en veux à Charlot d’être la cause de tout ce mal !

— Son impétueuse jeunesse nous a vaincus tous deux, voilà, Normanville. Hélas !

— Oh ! quant à moi, je comprendrais encore, mais vous, vous, avoir rempli d’une telle ombre douloureuse vos yeux de vingt ans. Je ne le lui pardonnerai jamais.

— M. de Normanville, lançai-je avec un sourire, que feriez-vous si mon frère était là