Page:Daveluy - L'esclave des Agniers, 1933.djvu/165

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— Non, sans doute, mais il faut réfléchir aux conséquences d’une pareille détermination, mon enfant. Comment ! Personne, jusqu’ici, ne vous a fait entendre le langage de raison, ne vous a supplié de ne pas entreprendre ce hardi voyage qui n’allait sans doute aboutir à rien. Ô mon pauvre et fol enfant.

— Vous vous trompez, Père, dit Charlot d’une voix assombrie, le front barré d’une longue ride volontaire, l’on m’a sermonné beaucoup. En vain, hélas ! Je dois revoir cette enfant que j’aime… Et, finit-il en se levant, et en serrant les poings, je la reverrai, dussé-je connaître pour cela, et le fer, et le feu, et…

— Chut ! mon enfant, ne parlez pas ainsi. Il ne faut pas braver la Providence… Mais quel changement ! Autrefois, Charlot, vous n’aviez pas cette humeur d’indompté !

— J’ai souffert, j’ai tant souffert, Père, chez les Agniers. Et c’est là que je la connus et l’aimai, ma bien-aimée… Nous étions, l’un pour l’autre, tout ce qu’il y a de bon et de bien sur la terre… » Un sanglot monta soudain à la gorge de Charlot. Le jeune soldat domina bien vite son émotion, et tendit la main au Père.

« Père, soyez-moi miséricordieux, dites-moi où est Lis-en-Fleur ?

— Sérieusement Charlot, je l’ignore. Au fait, le Père Daniel, de la Mission de Saint-Joseph,